Programme Chrysalide

Origines de la démarche

Lors des 6èmes assises nationales des DAC qui avaient pour thème De la transformation de la Culture à la culture de la transformation, nous avons échangé en croisant les enjeux environnementaux, sociaux, sociétaux, économiques et numériques. Ce fut l’occasion d’analyser nos modèles, d’approfondir notre prise de conscience de la complexité des mutations que nous devions engager rapidement pour nous adapter au monde d’aujourd’hui et surtout de demain. Au sortir de ces deux journées d’effervescence s’est imposée à nous la nécessité de nous doter d’outils modélisables, partagés, enrichis de nos expériences multiples. Ce désir de construire des outils communs se concrétise à travers l’émergence d’un groupe de travail associant des DAC, une architecte en chef de l’Etat et des experts de la démarche RSE/RSO. En poursuivant nos échanges à travers ce nouveau groupe de travail, nous faisons émerger une proposition stratégique d’élaboration et d’expérimentation d’outils de pilotage de la nécessaire métamorphose des établissements culturels pour répondre aux enjeux environnementaux, sociaux et sociétaux actuels.

Constat et analyse du besoin

Si les établissements culturels sont singuliers et se différencient les uns des autres par leurs projets culturels et artistiques, leurs dimensions, leurs moyens, leurs modes de gestion ou d’organisation, il n’en demeure pas moins qu’ils partagent des références, des écosystèmes territoriaux similaires, des problématiques communes.

Beaucoup d’entre eux expriment le désir de réduire leur impact écologique, d’ouvrir plus largement leur gouvernance, de contribuer à la transition de la société par un renouvellement des sensibilités, par l’innovation et la recherche de nouveaux paradigmes. Dans le même temps l’ampleur et la complexité du chantier rendent difficile son appréhension et nous peinons à déterminer comment engager la démarche, comment prioriser les actions. Cette difficulté peut sembler d’autant plus insurmontable qu’elle émerge dans un contexte économique défavorable qui place les équipements culturels en constante recherche d’optimisation financière et sous contrainte en matière de ressources humaines et matérielles.

Etablissements recevant du public, souvent issues de gestes architecturaux contemporains ou dotés d’une valeur patrimoniale pouvant aller jusqu’au classement en monument historique, ces bâtiments nécessitent souvent des travaux de rénovation, restauration ou transformation pour réduire leur impact écologique global (GES mais aussi, déchets, mobilité, perturbateurs endocriniens, biodiversité…) direct et indirect. Concilier exigences patrimoniale, architecturale, fonctionnalité et performance écologique nécessite une stratégie complexe mobilisant de multiples expertises souvent existantes sur les territoires mais rarement organisées pour assurer un accompagnement complet et cohérent.

Dans le même temps, les institutions européennes et nationales, conscientes des enjeux développent des programmes d’appel à projets pour soutenir des initiatives et expérimentations sur les territoires. La FNADAC, souhaite développer les liens et opportunités entre les directions des affaires culturelles membres et les structures nationales et européennes pour engager la transition.

Hypothèse et proposition du programme Chrysalide

Face à la complexité des transitions, le programme Chrysalide propose une approche holistique et modélisable inspirée des concepts de la stratégie RSE/RSO, de la maîtrise d’usage, de l’intégration écosystémique. Agathe Barret et l’équipe de l’agence Primum Non Nocere ont élaboré un outil de diagnostic générique fondé sur la notation (scoring) permettant d’objectiver les actions réalisées ou à mettre en œuvre : la démarche THQSE (Très Haute Qualité Sanitaire, Sociale et Environnementale, voir annexe 1). Dans un second temps, une partie sectorielle spécifiquement adaptée au domaine culturel a été créée par Delphine Avrial et Agathe Barret, en étroite collaboration avec des professionnel·le·s du secteur. Cet outil structurant permet également d’engager un processus de labellisation qui octroie la reconnaissance « Responsibility Europe ». De plus (en Suisse uniquement), le label THQSE permet d’atteindre le plus haut niveau du programme de durabilité « Swisstainable » porté par Suisse Tourisme. Plusieurs organisations culturelles sont déjà engagées dans la démarche en Helvétie (théâtre, musée, monument historique, festival, bibliothèque) et un théâtre a été labellisé en France. Nous formulons l’hypothèse que doté de cet outil de pilotage, les établissements pourront orienter leur stratégie d’amélioration de leur fonctionnement mais aussi de leurs investissements. Lorsque ces investissements sont très conséquents et prennent la forme de rénovation, restauration ou transformation des bâtiments ou des espaces publics, il est indispensable d’identifier et de mobiliser l’ensemble des ressources et expertises au travers d’une structure d’accompagnement permettant d’aborder l’ensemble des champs, d‘imaginer des solutions innovantes et adaptées aux territoires. L’utilisation d’un outil de pilotage reconnu et la perspective d’une labellisation permet également de partager la démarche avec les usagers, les décideurs, les financeurs potentiels. A partir de la stratégie holistique engendrée par la démarche THQSE, nous proposons de modéliser à l’attention des établissements culturels un vademecum pour « cultiver leur processus architectural » en associant des outils artistiques d’intelligence collective, de mise en récit, de responsabilité partagée (Voir annexe2)

Afin de modéliser un process, adapté aux différentes typologies d’établissements et accessible aux différentes structures, autant celles concernées par des grands équipements dans les territoires métropolitains que celles plus modestes relevant des territoires ruraux, nous devons identifier des territoires volontaires. Ces territoires pionniers seraient pilotes d’expérimentation. Ils nous permettront de prendre en considération les multiples situations, avancements, besoins, contextes, facilités ou difficultés, et de co-construire ainsi un outil qui puisse répondre aux diverses ambitions et enjeux pour la transition écologique des établissements culturels, constituant les richesses singulières de nos territoires.

Perspectives du Dispositif

Constituer un consortium de territoire s’engageant dans une démarche RSO de leurs équipements culturels et mettant en œuvre une méthodologie partagée pour leurs projets de rénovation, ou de construction d’équipements culturels intégrant une approche holistique et artistiques.

Mise ne place d’une cellule d’intelligence collective permettant d’observer et d’accompagner ces démarches qui une fois collectées et modélisées pourraient être partagées via une plateforme.

Phase d’analyse des besoins et capacités.

  • Janvier-mai 2023 : élaboration d’un questionnaire à destination des Dac ou directeurs d’établissements culturel à l’échelle nationale en espérant 50 répondants représentant la diversité des établissements et des territoires
  • Juin-août 2023 : diffusion du questionnaire que vous pouvez trouver en cliquant ici.
  • Septembre 2023 : analyse des réponses. Identification de territoires « pilotes »

Sur la base de ce diagnostic issu du terrain et de la mobilisation de son réseau, la FNADAC recherchera des partenaires pour formaliser un protocole d’accompagnement. La FNADAC s’engage pour faciliter la coopération entre les acteurs culturels territoriaux et les agences et institutions régionales, nationales et européennes en charge de cet accompagnement.

Phase d’expérimentation et de déploiement

  • 2024-2026 : phase d’expérimentation
  • 2027 : Modélisation et diffusion des outils en partenariat avec agences nationales et acteurs du développement local.

 

 

 

Annexe 1 : La démarche THQSE®

THQSE® : Très Haute Qualité Sanitaire, Sociale et Environnementale

Delphine Avrial, Responsable démarche et du label THQSE en Suisse

Agathe Barret, coordinatrice de label, responsable de la démarche THQSE France, Primum Non Nocere, groupe Grant Thornton

Le secteur culturel s’est emparé de la question de la durabilité depuis déjà quelques années. Plusieurs initiatives complémentaires engageant les professionnel·le·s dans ce sens ont notamment vu le jour en France comme en Europe. Dans ce contexte, l’objectif principal de la démarche THQSE® est d’accompagner les organisations culturelles françaises et européennes dans leur transition écologique en les aidant à intégrer la durabilité et la RSE/O (Responsabilité Sociétale des Entreprises/Organisations) au cœur de leurs activités et de leur fonctionnement. On entend par organisation culturelle – quelle que soit son envergure – un théâtre, un musée, un festival, un centre d’art, une médiathèque, une bibliothèque, etc. Ces lieux pouvant être institutionnels, publics, privés, alternatifs.

Pour rappel, la RSO se résume par l’intégration de la durabilité (à court, moyen et long terme) dans la vision stratégique de la structure tout en prenant en compte les effets et impacts qu’elle exerce sur la société et l’environnement, de manière globale. La démarche THQSE est structurée en trois phases principales :

► Une séance de planification (séance de « cadrage »). Elle permet de préparer efficacement la journée d’évaluation et d’identifier les personnes-ressources qui y participeront.

► Une journée à une journée et demie d’évaluation nommée diagnostic. Il s’agit d’un état des lieux exhaustif effectué en une journée grâce au référentiel THQSE®, questionnaire construit autour de quatre thèmes principaux intégrant eux-mêmes quinze thématiques. Il aborde de manière transversale 100 questions et indicateurs tous secteurs confondus et observe 35 indicateurs. Des questions spécifiques au secteur culturel ont été ajoutées pour répondre aux spécificités du domaine artistique et culturel. Cette évaluation génère un scoring associé à la rédaction d’un rapport qui s’appuie sur l’analyse de données récoltées durant cette journée. Ce document met notamment en exergue les points efficients de l’organisation ainsi que les aspects à améliorer.  Les thématiques du référentiel THQSE® :

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► Une demi-journée dédiée à la co-construction avec l’équipe d’un plan d’action sur mesure en fonction des résultats obtenus pour l’organisation. Il permettra le suivi de la démarche au travers d’objectifs fixés sur le court, moyen et long terme en tenant compte des ressources financières et humaines de la structure.

► Des accompagnements sur mesure optionnels (formations en présentiel ou en distanciel, webinaires, ateliers, diagnostics spécifiques tels que sur les champs électromagnétiques, la qualité de l’air intérieur, etc.) peuvent être proposés aux équipes administratives, techniques et artistiques.

La partie du référentiel générique à l’ensemble des secteurs d’activité se fonde sur des références internationales, dont la norme ISO 26000 et les Objectifs de Développement Durable (ODD) de l’ONU.

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  • Les principaux objectifs de la démarche THQSE dans le secteur culturel

    • Participer concrètement à la transition écologique pour diminuer la pression exercée par les êtres humains sur les écosystèmes planétaires.
    • Agir au jour le jour par la mise en place de mesures significatives, qualitatives et quantitatives, et ce, dans tous les secteurs d’activité de nos structures culturelles.
    • Sensibiliser, informer et engager le débat avec les publics, en résonance avec les enjeux cruciaux de cette décennie.

 

La labellisation THQSE®

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Selon les résultats (scoring) obtenus lors de l’audit (soit un scoring supérieur à 70%), l’organisation pourra entreprendre, dans un second temps, la labellisation THQSE effectuée par l’organisme tiers indépendant international SOCOTEC. Le label THQSE® octroie automatiquement le label Responsibility Europe (et le niveau III du programme Swisstainable de Suisse Tourisme, en Suisse).

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Plus d’information : www.labelthqse.fr

Références d’organisations culturelles engagées dans la démarche THQSE, en voie de labellisation ou labellisées THQSE :

En France 

– Théâtre de Béziers (labellisé en janvier 2020).

En Suisse 

Musée d’ethnographie de Genève (MEG) : engagé dans la démarche en novembre 2021 et labellisé en janvier 2023. Première structure muséale labellisée THQSE en Suisse et en Europe.

Théâtre Am Stram Gram – Genève : engagé dans la démarche en mars 2022.

Château de Chillon – Veytaux : engagé dans la démarche en décembre 2022.

Festival de la Cité – Lausanne : engagé dans la démarche en décembre 2022.

Alimentarium – Vevey : engagé dans la démarche en décembre 2022.

Un musée, un opéra, deux théâtres et une bibliothèque patrimoniale se sont également engagés dans la démarche entre janvier et juin 2023, en Suisse. Les journées d’évaluation sont planifiées à l’automne 2023.

 

 

 

 

ANNEXE 2 : Favoriser une nouvelle approche architecturale de transition

Mireille Guignard, architecte en chef de l’État, secrétaire générale adjointe de la mission interministérielle pour la qualité des constructions publiques

Il est urgent d’agir ! Face aux quatre grands bouleversements – raréfaction des énergies fossiles, pénurie des ressources, accélération du changement climatique et extinction de la biodiversité – énoncés depuis longtemps auxquels s’ajoute la souffrance d’un écosystème humain aveugle à son milieu accentuant les inégalités sociales souvent en perte de sens, le mot d’ordre ne saurait souffrir d’hésitation. Mais comment agir autrement et aiguiller les énergies transformatrices vers un imaginaire incertain qui demande à être partagé collectivement ? Si les nombreuses politiques publiques peuvent inciter les collectivités à mettre le pied à l’étrier (stratégie nationale bas-carbone, loi et plan climat-énergie-air, la loi AGEC, la RE2020 et l’analyse en cycle de vie, le ZAN, etc.), la culture, par ses approches holistiques, généreuses, narratives, surprenantes, protectrices, a un rôle primordial à jouer. Souvent insoupçonnée ou marginalisée dans le domaine du bâtiment, la démarche culturelle peut aider à construire ces nouvelles perspectives, des fictions susceptibles de créer dans les dynamiques de projets, de multiples scénarios partagés.

Face aux chiffres sidérants d’émission GES (gaz à effets de serre) sans cesse avancés des opérations impliquant l’architecture et plus largement l’ensemble du domaine bâti, la responsabilité des acteurs fait consensus. Le modèle industriel de la construction érigé ces dernières décennies est particulièrement prégnant, gourmand en étalement urbain, en mode de vie pendulaire, en extraction des ressources, générant de nombreuses pollutions et des marées de déchets. Si les architectes conçoivent durable et pour les siècles, l’architecture, elle, s’est faîte jetable, générique, camelote, et parfois inhabitable, repoussant loin l’exigence de la qualité.

Ainsi, pour engager la transition écologique et renverser le regard, l’architecture doit impérativement changer de paradigme. Il s’agit de (ré)introduire dans l’acte de (bien) bâtir de (nouvelles) priorités, comme de considérer l’énergie (renouvelable), les matériaux (biosourcés), le climat (l’air et le vent pour la ventilation naturelle, l’ensoleillement), l’empreinte carbone (et celle de l’énergie grise), avec des principes de conception fondés sur la réhabilitation de l’existant, le réemploi, la (simple) réparation, quitte à renouveler ses préjugés esthétiques et ses modalités d’investissements. Avant tout, il s’agit de préserver le vivant, la biodiversité (la végétation spontanée et les écosystèmes invisibles), l’eau (à la source), les sols (fertiles), à travers notamment le prisme des paysages (multiples et habités).

Et encore, en priorité, il s’agit de prendre le temps de cultiver le long processus architectural (avec les décisionnaires et les gestionnaires, les habitants et les gens de passage, les sachants et les experts, les conseils pérennes et fugaces, dans une intelligence collective), maturer la méthode de mise en œuvre en rédigeant patiemment le diagnostic du déjà-là, dessiner le chemin préalable qui anticipe les étapes de l’opération avec ses suites, faire l’inventaire des ressources mobilisables, associer l’ensemble des forces vives du territoire. Le processus de projet doit naître dans cette fabrication, attentive, bienveillante, rigoureuse, à l’écoute des milieux. Aussi, plus que dans les moyens techniques et financiers, c’est dans la capacité à recomposer un récit commun que peut s’opérer cette bifurcation.

Pas de bon projet sans une bonne commande, tributaire d’un maître d’ouvrage éclairé, conscient de ses responsabilités, qui saura s’entourer au fil du processus et faire le choix d’une maîtrise d’œuvre en confiance. Malgré les règles établies et la généralisation des problématiques auxquelles se confrontent les collectivités, toute intervention architecturale, rénovation de façade ou opération complexe, est singulière. Elle concilie, coordonne et sublime le talent du concepteur. Plus qu’un autre, l’équipement culturel, accessible et gratuit, lieu de représentation et d’exercice de la démocratie, saura porter les germes de la démonstration et de l’exemplarité.

L’exception réside encore par le lien que les services culturels des collectivités peuvent entretenir avec les artistes ou les associations locales d’habitants, parties prenantes de la maîtrise d’usage souhaitée.

Quelles peuvent être les pistes d’actions possibles pour la culture dans le champ de l’architecture opérationnelle ? Elles sont multiples : monter en compétence pour conduire des réalisations et suivre les travaux, évaluer les équipements existants, s’associer au service constructeur pour affiner la démarche de programmation, animer des chantiers ouverts, monter des permanences architecturales, installer des dispositifs artistiques pour nourrir le projet, permettre son appropriation par les habitants ou son approfondissement scientifique, etc. Les opportunités de réinvention de l’architecture par le récit et le soin sont infinies.

« Ils nous faut trouver ou retrouver le chemin de régimes de conception beaucoup plus pertinents, disruptifs et inclusifs, et ce dans quelque régime de conception que ce soit, qu’il soit démocratique ou de type plus scientifique. L’activation des aptitudes de conception est un soin qui protège et les individus et les collectifs. Ce lien entre soin et innovation est une clé essentielle pour rénover nos futurs.[1] »

[1] Cynthia Fleury, Antoine Fenoglio, ce qui ne peut être volé, charte du Verstohlen, Tract Gallimard, mai 2022, page 37

La FNADAC est en train de constituer un consortium et un réseau de partenaires dans le cadre de sa candidature à l’Appel à Projet France 2030 Alternatives vertes 2

Pour en savoir plus sur le programme Chrysalide, télécharger sa présentation ici : https://fnadac.fr/wp-content/uploads/2023/11/programme-chrysalide.pdf

Télécharger ici le diaporama qui permet de visualiser les trois niveaux d’objectifs possibles, et les deux modalités d’engagement (les chrysalides et les polinisateurs) : https://fnadac.fr/wp-content/uploads/2024/01/2024-01-16-chrysalide-modalites-participation-et-statut.pdf

présentation du programme crysalide

Une synthèse de l’enquête d’auto-évaluation Chrysalide (à laquelle 76 établissements ont répondu) sera bientôt disponible sur cette page.

 

S’inscrire dans le programme chrysalide, c’est cheminer vers plusieurs des 15 engagements visant à rendre les services publics écoresponsables.

Vous pouvez les trouver en cliquant ici ou sur l’image ci-dessous.

15 engagements