Vers un projet culturel métropolitain

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Contribution de l’ASDAC (association des directions des affaires culturelles d’Ile de France) au volet culturel de la Contribution de la mission de préfiguration du Grand Paris – Octobre 2015

La mission de préfiguration de la Métropole du Grand Paris a mis en place en 2014 un Conseil des partenaires socio-économiques constitué de 5 groupes thématiques sur l’aménagement, la culture, le développement économique, le logement, la transition énergétique. Chacun des groupes était  composé d’une dizaine de membres, experts, professionnels et représentants institutionnels chargés d’élaborer une contribution sectorielle pour une future politique métropolitaine. De très nombreuses personnalités, organisations consulaires, associations, syndicats et praticiens des différents domaines ont été auditionnés par les groupes pour enrichir leur point de vue durant deux ans. Le document final de la contribution a été édité en octobre 2015.

La prise en compte privilégiée par la mission de préfiguration de la thématique culturelle en tant que telle nous réjouit et ne nous surprend pas. Elle est une marque de reconnaissance des politiques culturelles menées en tant que garantes du développement humain et de la cohésion territoriale dont a besoin la métropole du Grand Paris. L’intensité exceptionnelle du capital culturel  du territoire métropolitain, l’importance du maillage des équipements jusqu’aux limites de l’Ile-de-France actuelle, la dynamique touristique que la culture et le patrimoine apportent, identifient
immédiatement le Grand Paris au plan international et caractérisent l’apport évident de la culture à la future métropole. Paris est la première destination touristique mondiale, et de fait la première destination culturelle, patrimoniale et artistique mondiale. La culture et l’art contribuent pour une très large part au développement économique régional et de manière prometteuse. Les industries culturelles et l’emploi culturel pèsent plus aujourd’hui dans le PIB que l’industrie automobile ou le luxe.

L’intention des groupes thématiques et du Conseil des partenaires vise à orienter le projet et les actions de la future métropole, conseiller ses élus, élaborer une vision qui «concilie au mieux le
développement économique et la qualité de vie des habitants», «oriente l’action collective et assure la mise en cohérence des politiques publiques» et «compose avec ses forces vives un récit mobilisateur».

Malheureusement ce volet culturel ne nous semble pas répondre au préambule initial ni incarner l’ambition affichée. En effet, pour que l’enjeu culturel soit réellement pris en compte par le Grand Paris, il nous semble impératif de dépasser les propositions anecdotiques (voire corporatistes) formulées en conclusion du rapport et de poser les jalons du «schéma directeur» invoqué. Ce schéma directeur doit lui-même être construit à partir des particularités et des politiques culturelles du territoire francilien. Il nous semble crucial d’assumer et non pas nier nos « banlieues », « quartiers », « cités », « territoires rurbains », « capitale» qui sont autant de frontières physiques que symboliques. De même, il est impératif de mettre en perspective les relations entre Paris et sa périphérie, établir un bilan des fractures et inégalités territoriales et sociales, mais aussi intégrer le bilan des récentes intercommunalités. Car c’est bien parce que de véritables contradictions persistent entre les différentes dynamiques territoriales que la métropole est à la fois une évidence et un défi.

L’identité métropolitaine est à construire. Son horizon et son avenir ne peuvent se dessiner que si l’héritage des politiques culturelles croisées est analysé et assumé.

Comment consolider l’existant et avancer si l’on ne sait pas d’où l’on vient ? Comment faire fi de la décentralisation culturelle qui structure le paysage actuel ? Comment penser la métropole culturelle sans évaluer l’élan des communes pionnières et des villes nouvelles équipant leur cité d’équipements publics, souvent gratuits, construisant des établissements dirigés par de grands noms de la scène artistique et culturelle ou déployant un maillage impressionnant d’établissements de proximité ?

Comment dédaigner le rôle considérable des intercommunalités dans la structuration récente de l’aménagement culturel ?

C’est bien par la culture et le volontarisme de l’éducation populaire que se sont rencontrées des populations qui n’avaient aucune raison de se croiser sur nos territoires, la culture a créé le premier flux volontaire entre Paris et sa banlieue et montré le chemin. Et c’est bien aussi par l’offre culturelle, l’ambiance d’une ville, que les collectivités locales peuvent aujourd’hui attirer et fixer de nouvelles populations, inventer une nouvelle manière d’habiter le Grand Paris, développer la région. La culture indique une continuité historique, dessine une homogénéité possible, ouvre un chemin d’avenir.

Pour cela, notre véritable champ d’action doit être reconnu. Le schéma directeur préconisé doit intégrer l’ensemble des compétences que nous assumons réellement dans nos territoires: celle de l’éducation artistique et culturelle certes, mais aussi l’enseignement artistique, le soutien aux pratiques amateurs, la diffusion artistique, le soutien à la création, l’émergence, la croissance de l’évènementiel, l’action territoriale, et plus encore les nouveaux paradigmes issus des métissages des politiques publiques : la politique de la ville bien sûr mais aussi l’économie sociale et solidaire, le développement durable, l’art et aménagement urbain, le développement économique, le design social etc…la culture s’enrichit et enrichit tous ces axes de développement. C’est un ensemblier du développement.

Or, la contribution du Conseil des partenaires n’offre pas ce panorama. Plus révélateur encore, aucun autre groupe contributeur du Conseil des partenaires ne cite ou n’intègre la culture comme un acteur du développement métropolitain, marginalisant ainsi nos enjeux. L’Ile de France est pourtant aujourd’hui riche de ce capital culturel au sens large. Conforter les atouts d’hier, identifier le rayonnement métropolitain des institutions, n’est pas contradictoire avec la logique d’une stratégie nouvelle et transversale. Les opposer risquerait de geler le développement de
la métropole.

Ainsi, s’il est louable de la part des contributeurs de ne pas avoir cédé à la tentation de lister ou cartographier les établissements et évènements d’intérêt métropolitain pour cerner la seule compétence métropolitaine aujourd’hui énoncée, il nous semble qu’il eût fallu remettre en question ce prisme de manière plus radicale et plus argumentée. Ce qui aurait permis d’ouvrir un autre horizon d’attente à la Métropole.

En effet, les politiques culturelles d’aujourd’hui se combinent avec des facteurs complexes. Les perspectives générales et le contexte institutionnel obligent à un renouvellement fondamental de nos missions: la compétence culturelle reste une compétence partagée, les ressources des collectivités territoriales fondent, les attentes des habitants en matière de services publics grandissent, les habitants prennent de plus en plus l’initiative de la culture, les pratiques culturelles sont mondialement en pleine mutation. Des domaines et expressions artistiques s’inventent au prisme du numérique, des cultures émergentes et hybrides se joignent aux champs déjà investis. De nouveaux publics apparaissent. Rapidement.

Il faut à notre sens tenter de répondre à cette question : en quoi la naissance de la métropole induit elle ou commande-t-elle une autre politique culturelle capable de prendre en charge ces enjeux, enrichit-elle ou interpelle-t-elle l’existant, rend si nécessaire une nouvelle gouvernance ?

Le Grand Paris est-il un simple changement d’échelle pour les inégalités du territoire actuel ou une chance de penser la Ville autrement ?

On le comprendra, les mobilités nouvelles vont transfigurer et modifier les usages mais ne suffiront pas à engendrer le désir de culture, faire des populations résidentes les usagers privilégiés de notre richesse, associer les habitants à la construction d’une véritable démocratie. Il est vrai, l’enjeu d’image et l’attachement à une présence culturelle forte sur nos territoires ont longtemps masqué les obstacles au partage réel des ressources culturelles et artistiques. Mais les acteurs ont grandi, les cadres se sont professionnalisés, la transversalité des politiques publiques transforme concrètement nos pratiques, l’économie culturelle et solidaire et d’autres enjeux investissent le champ des politiques culturelles, l’acte créatif mixe les univers, fédère les générations. Le territoire artistique et culturel, demain numérique, est aujourd’hui animé par de nouveaux acteurs qui interagissent avec les équipements et évènements existants, quel que soit leur échelle et leur prestige.

L’intérêt culturel métropolitain « à agir » doit être celui de l’intérêt à transformer les pratiques pour ne pas renforcer le territoire à deux vitesses et défendre un nouveau modèle de développement. La dynamique métropolitaine doit retenir l’exemplarité des démarches pour les partager concrètement à une échelle plus large, à travers une politique de la ville métropolitaine par exemple. Il s’agit de coconstruire cette nouvelle identité métropolitaine dans une logique transversale et transdisciplinaire.

La question majeure est tout autant celle d’un nouveau contrat d’objectifs, qui se donne comme priorité l’appropriation du territoire par l’ensemble de ses habitants, le territoire monde, une nouvelle véritable coopération capable de créer de l’égalité, de la fraternité, du vivre ensemble, de la richesse, …que celle de la possibilité d’une nouvelle gouvernance – conditionnée par une bonne articulation des échelons Métropole / Région / Départements / Territoires / communes.

Cela suppose à la fois un changement de posture des institutions et du ministère de la culture avec les collectivités, un changement de posture des collectivités entre elles qui incarnent trop souvent une hiérarchie pyramidale d’un autre âge : Région, Département, Intercommunalité, Commune. Demain Métropole, Région, Départements, Territoires, Communes ….si l’on ne change pas de logiciel, la dilution des moyens renforcera l’illisibilité pour le citoyen et compromettra les politiques culturelles dans leur ensemble.

La culture est pour nous fondamentalement révélatrice d’un projet de territoire. Si la métropole se confirme comme un de ses nouveaux périmètres, il faut résolument inventer une nouvelle méthodologie pour le construire, instaurer une coopération véritable et durable dans une coconstruction. C’est cette nouvelle gouvernance transversale qu’il faut définir pour un territoire à vivre. Les dernières Assises des Directeurs de la Culture ouvraient ces différentes voies en 2014.

La Fédération Nationale des Directions des Affaires Culturelles (FNADAC) dont l’ASDAC est membre en région Ile-de-France, regroupant les cadres des communes, départements, intercommunalités et les régions, et le CRAC (club régional des directeurs des affaires culturelles) s’associent à cette réflexion et souscrivent à cette contribution.

Les deux associations régionales d’ile de France sont donc prêtes à apporter leur concours à l’élaboration du projet métropolitain. Leur expérience, leurs instances et réflexions, seraient précieuses pour favoriser l’émergence d’une métropole culturelle véritablement partagée.

Laurence Dupouy-Veyrier, Présidente de l’Association des directeurs des affaires culturelles d’Ilede-
France, Frédéric Lafond, Président de la FNADAC, Marina Cavaillès, Présidente du Club régional
des directeurs des affaires culturelles.
Décembre 2015

Mis en orbite par iouston | Avec la complicité de Yann Cartaut

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